Avec Ceux qui sauront, Bordage confirme son statut du genre uchronique, qui consiste à se faire dérouler l’action du récit dans un espace temporel parallèle au notre. Initié avec Wang, il donne à ce genre ses lettres en plogeant cette fois dans le cœur même de ce qui fait notre société. Contournant le principe de non-spéculation des historiens, Bordage réécrit l’histoire de France depuis la Révolution, faisant éclater le rêve républicain avec Napoléon et considérant un réussite de la Restauration.

Il dresse ainsi le portrait d’une France moderne, telle qu’elle aurait pu être dans sous un régime aristocratique oppressant. Dans cette France, deux êtres que tout oppose vont converger. Jean, fils d’ouvrier forcé à la clandestinitée va naviguer d’expériences en expériences, rencontrant à plusieurs reprises la mort. Clara, fille de noble parvenu va réaliser l’imposture de l’aristocratie après un accident de voiture. De découvertes en trahison, elle sera expulsée de chez ses parents, pour finalement retrouver Jean à l’issue d’une marche pacifique démontrant la froideur du régime en place et de ses éxécutants.

On retrouve des thèmes chers à Bordage, comme les oppositions claniques, les profiteurs, le conditionnement des esprits humains et la déshumanisation d’une partie de la population, en faveur d’un individualisme forcené. C’est cela dit un ouvrage qui ne se conclut pas sur une note du même optimisme que d’autres.

Encore une fois, Bordage arrive à rendre son récit proche de la réalité, sans avoir besoin de faire de comparaison trop osées. À découvrir de toute urgence.