Lecture liminaire à Internet et Création de Philippe Aigrain, dont je parlerai prochainement, ce livre m’a permis de redécouvrir des liens qui existaient entre différents aspects de la « propriété intellectuelle ».

Cette fiche de lecture est juste une tentative de synthèse du livre, pour plus d’information, je vous encourage vivement à le lire en entier.

Du bon usage de la piraterie aborde l’immatériel sous plusieurs angles, à la fois celui des sciences et de la culture, ainsi que le problème des brevets privateurs de droits fondamentaux et les brevets sur des méthodes non-industrielles, restreignant l’innovation plus que la favorisant. Ces points forts montrent que les problématiques de refus de brevets et de verrous artificiels ne sont pas propres au monde de la culture et de l’informatique, mais les dépassent.

En revanche, dans l’univers de la culture et de l’industrie du divertissement, le livre se contente d’évoquer les solutions dites de licence globale, sans proposer de solution permettant de promouvoir la culture, tout en rémunérant les créateurs. Philippe Aigrain dans Internet & Création explore les mécanismes qui permettront aux créateurs de vivre, tout en permettant au public de s’approprier leurs œuvres et de les partager, permettant leur libre diffusion.

Enfin, j’aimerais saluer ce visionnaire qu’était Hugo, qui déjà défendait la liberté de l’Art, partant du principe que dès qu’une œuvre est mise à disposition du public, celui-ci s’en empare et la fait sienne.


Sous un titre volontairement provocateur, l’auteur nous emmène à la découverte des perversions de la propriété intellectuelle en général. En prenant l’exemple de l’industrie pharmaceutique ou même des ateliers à tisser lyonnais de la fin du XIXème siècle, Florent LATRIVE se sort du piège de ne traiter que le cas des logiciels ou de l’industrie du divertissement.

Sans forcément s’apesantir sur la prétendue piraterie que constitue la propagation de la culture, il nous démontre tout d’abord qu’il s’agit de notions qui dépendent fortement de l’espace et du temps. Ainsi, reprenant son exemple, pendant 50 ans, l’exploitation d’une molécule par l’industrie pharmaceutique indienne n’était en rien répréhensible. À vrai dire, l’Inde agissait de la même façon que faisaient les corsaires, dûment mandatés par le roi de France.

La force des industriels, que ce soit du divertissement ou des autres industries, repose sur la méconnaissance du public, et sur les idées reçues. Ces acteurs particuliers usent et abusent de ces leviers pour faire passer leurs idées, leur vision du monde. Ce sont ces idées reçues qui sont ensuite combattues, à travers des exemples frappants.

Historiquement, si le savoir et la culture n’ont pas pu se propager de façon libre, c’est que des contingences matérielles les en empêchaient. Cette époque, à l’heure du numérique devrait être révolue, sonnant ainsi le glas de ceux qui vivaient de la propagation de la culture et des savoirs. Mais, en compromettant l’appareil législatif, parfois même en le soudoyant, ces acteurs se sont légalement rendus indispensable.

Culture et savoir libre sont essentiels à une économie socialement juste. Cette assertion est d’autant plus vraie que leur transmission peut se faire de façon complètement immatérielle. Malheureusement, pour le moment aucune politique de l’immatériel n’est encore venue concrétiser cet état de fait. Pire encore, les politiques de l’immatériel proposées sont même des durcissements des politiques du matériel, alors qu’elles sont de plus en plus sujettes à caution. C’est la diffusion qui coûte et non pas la création ! Or la diffusion de l’immatériel coûte de moins en moins.

Le piège dans lequel nous sommes tombés est celui de la rareté artificielle. En raréfiant de façon artificielle un produit, on augmente, tout aussi artificiellement, la volonté des gens à se le procurer. Mais, si pour certains produits, il est aussi compliqué (et cher financièrement et socialement) de se le procurer, il n’en est pas de même pour ces produits immatériels que sont la culture et le savoir. On peut se procurer facilement ces produits auprès d’un ami, d’une connaissance, par simple échange.

Même si la France dispose d’un Code de la Propriété Intellectuelle, je ne reconnais pas ce type de propriété, trop sujette à des interprétations et qui varie tant d’un pays ou d’une époque à l’autre.